Nos bouffées d’air

Posted in Uncategorized on October 7, 2009 by k

Derrière notre maison, de maigres érables formant un petit bois dénudé de toute impression sauvage nous séparaient d’une route plutôt tranquille. Ce chemin que nous traversions deux fois par jour ne pardonnait pas en hiver, nous confrontant chaque matin avec nos propres traces, nos propres pas. Enfants, dès les premières neiges tombées, nous devions apprendre à maîtriser la route des empreintes laissées au-devant de nous, ne pas perdre l’équilibre, et se lancer au chemin déjà tracé.

Quand, tout au bout, derrière le voile du boisée retentissait le bruit de l’autobus, la course était lancée. Courir, sans pouvoir se laisser emporter, ni par l’idée de la fuite, ni par celle d’une liberté conquise, car nos pieds devaient retrouver la voie de la veille et les crevasses creusées dans la neige gercée. Courir et, à bout de souffle, avoir la certitude d’avoir fait du surplace.

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Au printemps, au retour de l’école, à la fonte des glaces dans nos jardins, on retrouvait un plaisir à vaguer librement, à contourner les flaques ou à y entrer à grands sauts.

Je savais, du coin de l’oeil, que mon voisin, seul dans son siège, redoutait ce moment. Il devait craindre le hasard qui pesait sur lui. Un autre jeune, plus grand que lui, choisissait parfois de descendre à notre arrêt. Terré dans le fond de l’autobus, il bondissait parfois soudainement pour surgir hors du bus. Quand ce sort advenait, je voyais mon voisin être poursuivi jusqu’au seuil de sa maison. Poussé dans le dos, traité de toutes les vulgarités que certains enfants manient si aisément, mon voisin était puni, toujours sans raison. Il se défendait peu, esquissait une sorte de sourire comme une faible lueur coincée entre l’humiliation et une fausse désinvolture. Bien sûr, comme le petit tyran s’imposait un détour pour venir s’acharner sur mon voisin, c’était toujours les plus beaux après-midi de printemps, quand le jour résiste de nouveau à la nuit.

Ces deux garçons portaient le même prénom.

boisee

Christopher, le petit dur, le bourreau de mes souvenirs d’enfance, est réapparu devant moi hier soir. Ses tics et ses gestes magnifiés à des proportions de géant, son regard en gros plan, devenu lumière traversant l’obscurité du cinéma. Le film, que les journaux ont appelé un “grand documentaire” ouvre une fenêtre vers un univers cruel, acerbe, dans notre propre ville. Comme des plaies ouvertes, ce sont des gars avalés par la prostitution et la drogue. Les “Hommes à louer.” Parmi ces hommes qu’on regarde défiler comme des ravages, des ruines qui se dévoilent à nous un moment, sous la chaleur d’un refuge, Christopher prend place, s’allume une cigarette et raconte. Comment il a débuté, sur le coin de Papineau et Champlain. Comment il suce des gars pour moins de 20$, vite fait, dans l’arrière du char. Comment tout ce qu’il fait, retourne finalement, dans le crack, pour la puff.

Une tristesse et un désarroi m’empêchent de voir clair et d’imaginer cette distance entre nous, entre ce que chacun de nous nomme une bouffée d’air. Tout ce qu’il y a eu entre ces printemps, ces bousculades, et les chemins choisis vers le creux des nuits.

hommes

Rêve d’amour et de chute

Posted in Uncategorized on April 7, 2009 by k

forêt

Je me suis réveillé dans la nuit avec le titre du rêve en bouche. J’allais le nommer :

Une forêt intérieure.

Dans cette ville, le ciel est peint, immobile pour toujours à l’heure du crépuscule. J’y cherche mon chemin, au travers de ses routes dallées. Un étrange magnétisme vers le mal m’attire pendant tout ce temps; je me bouscule contre un passant, éveillant un désordre qui comme moi, n’attendait que le moment juste pour surgir au devant de la toile. Des officiers me bloquent la voie, me tendant un billet et me forçant à me présenter devant l’Ordre. J’obéis au rêve qui me guide plutôt dans une obscure tranchée où un essaim d’hommes armés aux dents me guêtent. Mon père est à mes côtés. Puis, on me tend un Uzi. Tous les soldats se suicident devant nous. A bout portant. Le canon au crâne. Je déguerpis et tombe du haut d’une tour, mais toujours entre quatre murs. Impossible de sortir. Je poursuis vers ce qui semble être le port, et rencontre I. Elle me confronte les yeux en larmes, avec une hargne qu’on ne reconnaît que chez ceux qui sont acculés aux murs. “Je n’ai pas besoin d’autres gens comme toi dans cette vie.”

J’avais tenté de l’embrasser.

Sans souci de commun accord, sans éclair de lucidité. “J’étais déboussolé, j’étais ivre.” Le reste ne fut que vengeance, réglement de l’aiguille sur mon cas. On me poursuit, on me parle de loin comme si je portais la peste. Contre la colère et l’ire de la communauté, j’ai retrouvé comment mettre un pied devant l’autre. On me convoque devant une assemblée familiale, je m’explique dans ma langue maternelle qui coule si bien dans l’urgence, puis traduit à I. mes confessions. Je lui demande de comprendre ma déroute, ma folie, la perte des pistes. Elle me dit : “je dois partir bientôt, j’ai encore la possibilité de changer de décisions.”

Je crois alors encore dans un espoir aveugle et idiot. Dans la possibilité de devenir un de ses choix. Puis elle me demande : “Le nom de mon chien signifie quelquechose dans ta langue?”

Comme Adam, j’avais goûté au fruit. Et depuis, le reste n’avait plus de sens.



Dis oui

Posted in Pensée on October 20, 2008 by k

Les ordinateurs sont conçus pour les gens seuls. A tous moments, ils offrent des options inexistantes dans le réel. En venant écrire sur ces pages, je suis une des milliers de voix perdues. Au milieu de moi, des milliers de mots. Si je suis bien dans le silence du jour, j’envoie des lignes et des lignes pour me retenir quelquepart. Ici, dans mille ans, qu’y aura-t-il? Je prie dans les pages, ici comme ailleurs, d’être dans le souvenir de quelqu’un. D’avoir eu lieu pour quelqu’un. Et mon ordinateur a compris. Quand il me demande sa question, je dis toujours oui. Remember me?

Scènes d’un mariage

Posted in Photos on October 6, 2008 by k

Rouge sont la chance, la sèvre, ses lèvres, le vin, le sang, les seins, la lave, la danse, le rire,  la course, l’aurore, l’amour. Rouge est le jour de son mariage, rouge comme la renverse et la rage effrénée vers les lendemains ensemble.

Toronto, 4 octobre 2008.

Rêver aux lignes du ciel

Posted in Uncategorized on October 1, 2008 by k

Je n’ai jamais compris pourquoi les Gaulois avait cette peur du ciel. Quand je me couche dans le gazon, ou dans l’eau du lac, en étoile, c’est moi qui tombe dans ce bleu infini. J’avais envie de le dire à quelqu’un. Car je vivais un miracle en silence. Je voyais se dessiner là-haut, des lignes, des tracés vaporeux comme des routes sur un atlas. Partout où mon regard se posait, elles y étaient. Flottantes, légères, elles suivaient chaque petit tremblement de ma pupille. C’était, dessiné, le chemin vers le destin de ma vie adulte.

Ces prophéties me sont revenues vers la fin de cet été, même si ces jours d’enfance allongé à attendre sont loin derrière. Les mêmes lignes coulaient si doucement, se détachaient si bien de la toile d’azur.  J’avais beau tendre les mains vers elles, elles ne faisaient que se repousser un peu plus loin. Pourquoi ce jeu, cette taquinerie, cette invitation? Cette fois, je comprenais leur danse devant moi. Ce n’était rien d’autre dans le ciel que l’ombre des veines sur ma propre cornée, ces vaisseaux qui ne voleront jamais, ces vaisseaux de sang et de terre comme un délta cousu pour toujours au blanc de mes yeux.

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Ceci me fait penser à cette vidéo, une des meilleures choses que j’ai vue sur le web depuis longtemps. Une femme dont le désanchantement frôle la poésie.


Insane Rainbow Conspiracy Lady - Watch more free videos

États

Posted in Uncategorized on September 27, 2008 by k

Quand je suis une île, ma peau est une berge sans fin. Des roches se cognent entre elles sans cesse, sous tous les gris possibles du monde. Plus on approche de l’horizon, plus mes pierres et mes lignes s’usent pour devenir que du lisse. Je suis après tout un doux caillou. Et j’abandonne ce qu’on appelle des regrets mâchés, des briques dans la bouche.

Quand j’écoute la mer, je n’entend qu’elle. Et les tonnerres qu’elle mime en accostant. J’oublie même que sur le plage, c’est le glissement du sable sous l’eau qui résonne. Du frottement des milliards de grains, de sédiments et des choses oubliées qui ne sont plus que tapis sous le déferlement des eaux.

Quand je reviens chez moi, ces voyages ne sont qu’à moitié parvenus. De retour en terre ferme, comment vous dire que les ponts vers mon île sont levés à jamais?

Les valises

Posted in Uncategorized on September 21, 2008 by k

J’ai peur d’oublier. Je préfère rien rajouter après, comme quand on dit qu’on aime. Parce qu’on oublie généralement quelquechose. Ses clés, une formule ou son nom. Je suis né avec ce tracas qu’on a, quand la main trouve le fond de sa poche vide. Absolument vide. Ce malaise de ne rien tenir, de ne plus se souvenir. Alors je me demande dans toutes ces situations comment meubler l’espace donné. Dans tous les cas, il faut asseoir quelqu’un par dessus nos choses pendant qu’on tire fort sur la fermeture. Demain comme un autre jour, j’irai avec une valise. Et l’autre main, se balançant dans le vide, au souvenir d’une présence évanouie.